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Mardi 21 février 2006
Bonjour,
L'objectivité est de rigeur, du moins en première analyse; mais il me semble indispensable d'identifier clairement le franchissement des limites de l'acceptable. Pour tester cette limite, voici un exellent sujet qui, j'en suis sur, vous plongera dans le trouble.
J'ai reçu un texte pétitionnaire (très "militant", à moins que celà ne soit simplement de la colère) concernant un rapport de l'INSERM qui est sorti ces jours ci. Il est remis au même moment ou le projet de loi sur la prévention de la délinquance est cour d'élaboration. Je ne signe pratiquement jamais les pétitions, mais j'ai lu ce rapport (lien Hypertexte en fin de message). J'ai croisé les information, et, pour faire bonne mesure, je joint un article paru dans les ASH (Actualité sociales hebdomadaires), parution lue par mon épouse, que l'on ne peut raisonnablement pas qualifier d'extrêmiste (la parution, pas mon épouse).
 
Allez, un petit extait du rapport de l'INSERM (65 pages-lien hypertexte en fin de message), pour faire plaisir:

 

« La prématurité et un faible poids à la naissance ont été incriminés comme possibles facteurs de risques quant au trouble des conduites. Une relation entre les problèmes de santé du bébé liés à la prématurité et le risque de troubles externalisés à l’age de cinq ans, notamment de comportements oppositionnels et d’hyperactivité, a été soulignée. De mème, un petit poids à la naissance est corrélé à un risque de trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) et de comportement antisocial. (P.26) »

 
Pas d'objections? Je vous laisse seul juge, mais je pense que les parents d'élèves, quel qu'ils soient, devraient se pencher sur le sujet: ça risque de concerner tout le monde.
 
A bientôt.
Eric.
 
PS: Encore une méthode anglo-saxonne ? tiens, tiens...comme les TCC (thérapies comportementales cognitives), dont j'ai entendu récemment parler. L'INSERM est l'institut nationnal pour la recherche médicale.
 
Texte pétitionnaire recu:
%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%
 
" Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l'INSERM, qui préconise le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier.

Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d'héritabilité (génétique) du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas », etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ?

Devant ces symptômes, les enfants dépistés seraient soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories de neuropsychologie comportementaliste qui permettent de repérer toute déviance à une norme établie selon les critères de la littérature scientifique anglo-saxonne. Avec une telle approche déterministe et suivant un implacable principe de linéarité, le moindre geste, les premières bêtises d’enfant risquent d’être interprétés comme l’expression d’une personnalité pathologique qu’il conviendrait de neutraliser au plus vite par une série de mesures associant rééducation et psychothérapie. A partir de six ans, l’administration de médicaments, psychostimulants et thymorégulateurs devrait permettre de venir à bout des plus récalcitrants. L’application de ces recommandations n’engendrera-t-elle pas un formatage des comportements des enfants, n’induira-t-elle pas une forme de toxicomanie infantile, sans parler de l’encombrement des structures de soin chargées de traiter toutes les sociopathies ? L’expertise de l’INSERM, en médicalisant à l’extrême des phénomènes d’ordre éducatif, psychologique et social, entretient la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire.

En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante robotisée.
Au contraire, plutôt que de tenter le dressage ou le rabotage des comportements, il convient de reconnaître la souffrance psychique de certains enfants à travers leur subjectivité naissante et de leur permettre de bénéficier d’une palette thérapeutique la plus variée.
Pour autant, tous les enfants n’en relèvent pas et les réponses aux problèmes de comportement se situent bien souvent dans le domaine éducatif, pédagogique ou social.

Cette expertise INSERM intervient précisément au moment où plusieurs rapports sont rendus publics au sujet de la prévention de la délinquance. On y lit notamment des propositions visant à dépister dès les trois premières années de leur vie les enfants dont l’« instabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue) (va) engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance ». On assiste dès lors, sous couvert de « caution scientifique », à la tentative d’instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ pédopsychiatrique à des fins de sécurité et d’ordre public. Le risque de dérive est patent : la détection systématique d’enfants « agités » dans les crèches, les écoles maternelles, au prétexte d’endiguer leur délinquance future, pourrait transformer ces établissements de lieux d’accueil ou d’éducation en lieux de traque aux yeux des parents, mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention. "

" Professionnels, parents, citoyens, dans le champ de la santé, de l’enfance, de l’éducation, etc. :
- Nous nous élevons contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social.
- Nous refusons la médicalisation ou la psychiatrisation de toute manifestation de mal-être social.
- Nous nous engageons à préserver dans nos pratiques professionnelles et sociales la pluralité des approches dans les domaines médical, psychologique, social, éducatif… vis-à-vis des difficultés des enfants en prenant en compte la singularité de chacun au sein de son environnement.
- Nous en appelons à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions des divers acteurs du champ social (santé, éducation, justice…) et quant aux interrelations entre ces acteurs. "

Rapport de l'INSERM :

Troubles des conduites chez l'enfant et l'adolescent (INSERM)

http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble_conduites/trouble_conduites_synthese.pdf

 
%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%
Par Attac en Libournais - Eric Chauver
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Samedi 4 mars 2006

COMMUNIQUE DE PRESSE GRAIN le 2 mars 2006 Un rapport de GRAIN établit que l’industrie avicole mondiale est à l’origine de la crise de la grippe aviaire Les petits élevages avicoles et les oiseaux sauvages sont injustement rendus responsables de la grippe aviaire qui affecte actuellement plusieurs parties du monde. Un nouveau rapport de GRAIN montre comment l’industrie avicole multinationale est à l’origine du problème et devrait être au centre des actions menées pour maîtriser le virus. L’expansion de la production avicole industrielle et des réseaux commerciaux ont créé les conditions idéales à l’apparition et à la transmission de virus mortels comme la souche H5N1 de la grippe aviaire. Une fois qu’ils ont pénétré dans les élevages industriels surpeuplés, les virus peuvent rapidement devenir mortels et se développer. L’air vicié par la charge virale est transporté sur des kilomètres à partir des fermes infectées, pendant que les réseaux d’échanges commerciaux intégrés répandent la maladie par les nombreux transports d’oiseaux vivants, de poussins d’un jour, de viande, de plumes, d’œufs à couver, d’œufs, de fumier de volaille et d’alimentation animale. « Tout le monde se focalise sur les oiseaux migrateurs et les poulets de basse-cour comme étant le problème, » indique Devlin Kuyek de GRAIN. « Mais ils ne sont pas les vecteurs effectifs de la forme fortement pathogène de la grippe aviaire. Le virus les tue, mais il est peu probable que ce soit eux qui le propagent. » Par exemple, en Malaisie, le taux de mortalité par le H5N1 chez les poulets des villages est seulement de 5%, indiquant que le virus a du mal à se propager dans les petits élevages de poulets. Les manifestations de H5N1 au Laos, qui est entouré par des pays infectés, se sont seulement produites dans quelques fermes industrielles du pays, qui sont fournies par des établissements d'incubation Thai. Les seuls cas de grippe aviaire dans la volaille de basse-cour, qui couvre plus de 90% de la production du Laos, se sont produits à côté des fermes industrielles. Les gouvernements des pays de l’Union Européenne ont répondu à la découverte des cygnes, des oies et des canards morts infectés avec des mesures sévères obligeant à l’enfermement des volailles. Maintenant, ils sont bien embêtés car la première et seule manifestation significative de contamination de volaille domestique s’est déclarée dans un gros élevage industriel de dindes en France, où les 11 000 volatiles étaient confinés, totalement séparés des oiseaux sauvages. « Il apparaît de plus en plus évident, comme on l’a vu aux Pays-Bas en 2003, au Japon en 2004, en Egypte en 2006, que la grippe aviaire mortelle se déclare dans les grosses fermes industrielles et qu’ensuite elle se propage, » explique Kuyek. Le cas de contamination nigérienne qui s’est déclaré au début de l’année a commencé par une seule ferme industrielle, appartenant à un membre du Conseil des Ministres, éloignée des axes principaux de déplacements des oiseaux migrateurs mais elle était connue pour importer des oeufs à couver hors réglementation. En Inde, les autorités locales indiquent que le virus H5N1 est apparu et s’est répandu à partir d'une ferme industrielle appartenant à la plus grande compagnie avicole du pays, les couvoirs Venkateshwara. La question cruciale est de savoir pourquoi les gouvernements et les agences internationales, comme l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ne font rien pour enquêter sur la manière dont les fermes industrielles et leurs sous-produits, tels que l'alimentation animale et le fumier, propagent le virus. Au lieu de cela, ils se servent de la crise comme une occasion d'industrialiser davantage le secteur avicole. Les initiatives se multiplient pour interdire la volaille en plein air, pour évincer les petits producteurs et pour réapprovisionner les fermes avec des poulets génétiquement modifiés. Le réseau de complicités avec une industrie prise dans une série de dénis et de dissimulations semble total. « Les agriculteurs perdent leurs moyens d’existence, les poulets locaux sont éliminés et quelques experts déclarent que nous sommes à l’aube d’une épidémie humaine qui pourrait tuer des millions de personnes, » conclut Kuyek. « Quand les gouvernements réaliseront-ils que pour protéger la volaille et les personnes contre la grippe aviaire, ils doivent les protéger contre l'industrie avicole mondiale ? »

* * * GRAIN est une organisation non gouvernementale internationale (ONG) dont le but est de promouvoir la gestion et l'utilisation durables de la biodiversité agricole fondées sur le contrôle exercé par les populations sur les ressources génétiques et les connaissances locales. Contact: Devlin Kuyek, GRAIN, à Montréal, Tél: +1 514 2737314, Email: devlin (at) grain.org Web: http://www.grain.org

 * * *

1. Le rapport entier, « Qui est le dindon de la farce ? Le rôle central de l’industrie avicole dans la crise de la grippe aviaire », est disponible sur le site : http://www.grain.org/briefings/?id=195

2. La fiente de poulet et la litière des sols des élevages industriels de volaille sont des ingrédients courants de l’alimentation animale.

Par Attac en Libournais - César Huerta
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Mercredi 8 mars 2006
ALERTE EUROPE 2020 / Rupture Systémique Globale
20-26 Mars 2006 : Iran/US - Déclenchement d’une crise mondiale majeure 
Pour lire l'article cliquer sur le lien suivant

http://www.europe2020.org/fr/section_global/150206.htm

Par Alerte Europe 2020
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Jeudi 16 mars 2006

SPECIAL CPE

Après l'emploi,

le logement à l'essai

NOUVELOBS.COM | 15.03.06 | 14:40

L'Union nationale de la propriété immobilière propose un nouveau contrat de location "à l'essai" inspiré du CPE.

L 'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI) s'inspire du CPE.

Son président, qui représente les propriétaires privés particuliers, s'est montré mardi 14 mars favorable à l'introduction d'un nouveau type de contrat de location, dit "à l'essai", inspiré du contrat première embauche. Soit un bail "à durée indéterminée".

Aux 9e et 21e mois, le propriétaire pourrait en effet donner congé au   locataire avec un préavis de 3 mois.

Au bout de deux ans sans préavis, le bail retomberait ainsi dans le droit commun.

"Les propriétaires veulent des locataires convenables et des loyers corrects", a déclaré Jean Perrin, président de l'UNPI et de sa branche en Bourgogne.

Une proposition acceptée

"S'ils pouvaient 'tester' les locataires, il serait possible de remettre sur le marché au moins 300.000 logements, soit le nombre de logements neufs créés en une année", a-t-il déclaré, assurant que cela pourrait "résoudre en partie la crise du logement".

Ce bail 'à l'essai' "induit une certaine précarité mais c'est mieux que ne pas avoir de logement", a poursuivi Jean Perrin.

"Il y a peu de chance que le locataire, dans le cas où il serait titulaire d'un CPE et où il occuperait un logement avec ce type de bail, se retrouve licencié et à la rue au même moment", a ajouté le président de l'association, qui revendique 200.000 adhérents.

Sa proposition a été votée en conseil national en septembre dernier. "On me dit que l'idée est excellente mais que dans un contexte de critique des CNE et CPE, elle ne peut passer pour le moment", a dit Jean Perrin, qui l'a présentée au gouvernement.

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Vincent B.

Attac 45

www.local.attac.org/attac

Par Attac en Libournais Attac 45
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Vendredi 31 mars 2006

" Danielle Mitterrand : "La démocratie n’existe ni aux USA, ni en France" "

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=25208

Par Attac en Libournais
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Mercredi 5 avril 2006

CPE-CNE. La lutte des étudiants pourrait s’avérer prophétique, par William Pfaff - International Herald Tribune.

http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=3512

Texte original dans le Herald Tribune

http://www.iht.com/articles/2006/03/29/news/edpfaff.php

 

Par International Herald Tribune
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Dimanche 9 avril 2006
Par Lutte ouvrière
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Mercredi 12 avril 2006

Résister c'est créer ! Créer c'est résister!

Voir la vidéo

http://www.alternatives-images.net/actualites.php3

Par Attac en Libournais
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Lundi 13 novembre 2006

Texte adressé par Eric Chauvet

Aldous Huxley, « le monde en passant » (1925) chapitre « l'Amérique »
(Chicago).

(.) Examinons de près 1'annonce de M. Kalbsfleisch (que l'auteur viens de
lire dans un magazine) et cherchons dans quelle direction les critères ont
été faussés et par quels procédés.

L'hypothèse démocratique, dans sa forme extrême et la plus populaire, est
que tous les hommes sont égaux et que je vaux tout juste autant que vous.
Ceci est si manifestement inexact qu'il a fallu inventer un système de
trompe-1'ceil extrêmement compliqué pour que des êtres humains pourvus d'une
dose normale de bon sens puissent 1'admettre. Nulle part on n'a porté ce
système de trompe-1'ceil aussi loin qu'en Amérique. Prenez le cas de M.
Kalbsfleisch : c'est un entrepreneur de pompes funèbres. Le commerce qu'il
exerce n'a jamais bénéficié d'une grande considération, car, tout nécessaire
qu'il soit, on ne saurait dire qu'il fasse appel a des qualités hautement
intellectuelles ou morales.

M. Kalbsfleisch et ses collègues ont eu péniblement conscience du manque de
considération que leur accorde 1'humanite. En bons démocrates, ils insistent
pour être mis sur un pied d'égalité avec les gens les plus considérés. Pour
commencer, ils changent le nom de leur commerce. Le mot « pompes funèbres »
est déprécié. Ils inventent alors un nouveau terme et s'intitulent
«morticiens». Morticiens rime avec des mots extrêmement respectables tels
que physicien, mathématicien, académicien, politicien - sans parler de
Titien. Qu'est-ce qu'un nom? C'est beaucoup. D'entrepre­neurs de pompes
funèbres et de simples commerçants, les morticiens sont devenus artistes et
membres d'une profession quasi savante.

Ayant retouché leur nom, les morticiens s'occupent de rehaus­ser et de
magnifier leur vocation, ce qu'ils font d'une façon très simple, mais
éminemment efficace, en insistant sur le Service qu'ils rendent à
1'Humanite.

La notion de Service est fondamentale dans le christianisme. Jésus et ses
grands disciples ont proclamé l'importance spirituelle du Service et ont
exhorté les hommes et les femmes a être les serviteurs de leurs frères. Les
morticiens et, avec eux, tous les hommes d'affaires d'Amérique, ont pour le
Service un enthou­siasme aussi chaleureux qu'en eurent jamais saint François
ou son divin Maître. Seulement, les activités qu'ils désignent par le mot
« Service » se trouvent être légèrement différentes de celles que le
fondateur du christianisme désignait du même nom. Pour Jésus et saint
François, Service sous-entendait : sacrifice de soi, abnégation, humilité.
Pour les morticiens et les autres hommes d'affaires d'Amérique, Service veut
dire autre chose : cela veut dire faire et réussir des affaires profitables
avec tout juste 1'honnêteté  suffi­sante pour échapper à la prison.

Les Hommes d'Affaires Améri­cains parlent comme saint François; Mais il est
difficile de distinguer leurs activités de celles des marchands que Jésus
chassa du Temple.

Les marchands protesteront sans doute, prétendant servir I'humanité aussi
bien, sinon mieux, que leur agresseur : « Nous faisons, ont-ils sans doute
soutenu, une chose utile et nécessaire. La société nous juge
indispensables. » C'est avec ce même argu­ment - qu'ils font, et bien,
quelque chose de nécessaire - que les hommes d'affaires américains
prétendent rendre un Service, et un Service de première importance. Ils
négligent ce fait historique capital que tout ce qui compte dans la vie,
tout ce qui contribue à la civilisation et au progrès, c'est précisément ce
qui n'est pas nécessaire. Toutes les recherches scientifiques, l'art, la
religion ne sont (par comparaison avec la fabrication des cercueils ou des
produits alimentaires) d'aucune nécessité. Mais si nous ne nous étions
attaches qu'au nécessaire, nous serions encore des singes. D'après n'importe
quel véritable critère de valeur, ce qui est inutile, et les inutiles qui
s'en occupent, sont beaucoup plus importants que le nécessaire et les gens
nécessaires. En mettant sur le même plan le nécessaire et l'inutile, 1'homme
d'Affaires américain a faussé 1'echelle des valeurs. Le Service que rend un
morticiens ou un agent immobilier finit par être considérés comme
l'équivalent du service que rend un artiste ou un savant. Babbit peut
maintenant croire honnêtement que lui et ses pareils font autant pour l'
humanité qu'un Pasteur ou un Isaac Newton. Kalbsfleisch, parmi ses coffres
de soie capitonnés sait qu'il vaut autant que Beethoven. Un agent de change
chanceux, certain que les Affaires sont une religion, après avoir spéculé
sur le change toute la journée, rentre chez lui aussi vertueusement
satisfait que doit l'avoir été Bouddha quand il renonça au monde et eut sa
grande révélation.

Partout, dans tous les temps, 1'immense majorité des êtres humains a été
formée de Babbits et de paysans. Ils sont indispensables; ce qui est
nécessaire doit être fait. Mais jamais, avant notre époque, et nulle part,
sauf en Amérique, les majorités nécessaires ne se sont crues les égales des
minorités qui ne le sont pas. En Europe, 1'ancienne échelle des valeurs
existe encore, le fantôme tout au moins de la vieille hiérarchique demeure.
Même si le riche parvenu méprise l'homme de science à cause de sa pauvreté,
il éprouve quelque humilité en face de son savoir, de son intelligence
supérieure, de son désintéressement. La technique du trompe-1'oil, grâce à
laquelle le métier d'un agent de change qui réussit peut paraître une
occupation aussi estimable, aussi noble, que la recherche scientifique ou la
création artistique, n'a pas encore été perfectionnée en Europe; elle est à
peine inventée. Il y a beaucoup de gens, il est vrai, qui voudraient la voir
importer, toute faite, de 1'autre coté de I'Atlantique. J'espère, et même
avec une certaine confiance, qu'ils seront invariablement déçus.

En attendant, à l'Ouest de I'Atlantique, la falsification progres­sive des
valeurs se poursuit régulièrement. Voici à peu prêt ou ils en sont : on
attache un grand prix à des choses et à des gens qui en avaient eu jusqu'ici
assez peu. Mais dans certaines parties des Etats-Unis, les innombrables
hommes nécessaires se disposent à faire un pas de plus. Non contents de
s'attribuer à eux-mêmes la plus haute valeur possible, ils commencent à
denier toute valeur aux rares hommes non nécessaires ; la majorité a des
droits souverains. Ce qu'on tenait pour supérieur est déprécié.  Les
qualités mentales et morales, les occupations et les amusements du plus
grand nombre sont considérés comme les meilleurs, les seuls tolérables ; les
qualités et les occupations de la minorité sont condamnées. La stupidité, la
crédulité, les affaires sont d'un prix inestimable. L'intelligence,
l'indépendance, I'activité désintéressée - jadis admirées-sont en train de
devenir des choses mauvaises, qu'il faut détruire. Dans le Tennessee, et
quelques provinces lointaines, la croisade contre elles a déjà commencé.
Reste à savoir si cette nouvelle perversion des valeurs s'entendra au reste
du continent. (..)

Par Eric Chauvet
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Lundi 13 novembre 2006

Texte adressé par Eric Chauvet

«(...) par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques - élections, parlements, hautes cours de justice- demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu'ils étaient aux bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions (...) et de tous les éditoriaux mais (...) l'oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera.» Aldous Huxley, "Retour au meilleur des mondes" http://fr.wikipedia.org/wiki/Aldous_Huxley

Par Eric Chauvet
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